Protéger une cheville sans la plâtrer impose de contrôler la douleur tout en conservant le mouvement. Le strapping, ou contention adhésive, est une technique d’immobilisation sélective qui limite uniquement le mouvement délétère et préserve la fonction. Nous distribuons le matériel cité ici ; ce guide s’appuie sur des sources publiées, pas sur un essai mené par nos soins.
Qu’est-ce que le strapping ?
Le strapping est une technique d’immobilisation partielle et sélective : il bloque le secteur de mouvement qui sollicite la structure lésée et laisse libre le reste de l’articulation.
Le support de formation espagnol 1aria le décrit comme une technique d’immobilisation très sélective, aux indications précises.
L’immobilisation totale, par plâtre ou attelle, supprime le mouvement de toute l’articulation ; le strapping préserve la fonction. Le kinesio taping utilise au contraire une bande élastique qui accompagne le mouvement sans limiter l’amplitude. Mo et al. (2026) incluent 128 revues systématiques (73 publiées et 55 enregistrées mais non publiées), soit 310 essais uniques et 15 812 participants, et concluent que les données sur ses effets cliniques sont de très faible certitude. Notre article sur le kinesio taping et ses usages approfondit ce contraste.
Selon l’histoire de la kinésithérapie retracée par history.physio, Virgil Gibney a décrit en 1893 l’usage de bandes adhésives pour stabiliser la cheville après une entorse.
Quand utilise-t-on le strapping ?
Le strapping répond à trois objectifs, qui varient selon le contexte clinique et que résume le tableau ci-dessous. Il s’utilise notamment dans certaines lésions ligamentaires, musculaires, tendineuses ou fasciales lorsqu’il s’agit de limiter un mouvement délétère.
Préventif, thérapeutique et adjuvant
1aria classe les contentions fonctionnelles en thérapeutiques, préventives et adjuvantes. La colonne Type reprend cette classification ; le moment de pose et la mobilité recherchée relèvent de notre description de la pratique courante.
| Type | Moment de pose | Mobilité recherchée |
|---|---|---|
| Préventif | Avant l’activité | Mobilité optimale, geste protégé |
| Thérapeutique | Pendant le traitement | Mobilité minimale et sélective du secteur lésionnel |
| Adjuvant | En complément d’une autre intervention | Soutien partiel qui complète la prise en charge |
Indications par structure
- Ligament : l’entorse externe de cheville, lésion des ligaments latéraux par inversion forcée, en est l’indication type. Van Rijn et al. (2008) rapportent que 5 à 33 % des patients souffraient encore à un an et que 36 à 85 % déclaraient une récupération complète sur trois ans. Notre guide pratique des blessures sportives détaille la prise en charge.
- Muscle : lésions musculaires pour lesquelles on cherche à limiter l’étirement et à protéger le tissu sous charge.
- Tendon et fascia : tendinopathies et fasciite plantaire. Dans la fasciite plantaire, la recommandation de la JOSPT de 2023 préconise un taping rigide ou élastique associé à d’autres traitements de kinésithérapie pour améliorer la douleur et la fonction à court terme (Koc et al., 2023) ; nous le détaillons dans notre guide du taping de la fasciite plantaire.
Que disent les données sur le strapping ?
Les données disponibles sur le strapping sont contrastées. Elles soutiennent le traitement fonctionnel comme option raisonnable, ainsi que la prévention des récidives chez les sportifs ayant déjà subi une entorse ; elles ne montrent ni supériorité nette sur l’immobilisation ni amélioration de l’acuité proprioceptive chez les personnes présentant une entorse récidivante ou une instabilité fonctionnelle de cheville.
Traitement fonctionnel ou immobilisation : dans ces revues, le « traitement fonctionnel » est une stratégie plus large que le strapping, qui peut inclure un soutien externe, une mise en charge progressive et de l’exercice. Kerkhoffs et al. (2002), revue Cochrane de 21 essais et 2 184 participants, concluaient que le traitement fonctionnel semblait préférable à l’immobilisation. Les auteurs précisaient que la plupart des différences cessaient d’être significatives une fois exclus les essais de faible qualité. La revue figure comme WITHDRAWN (retirée) en 2013, PMID 23543522.
Vilchez-Cavazos et al. (2025), méta-analyse de 10 essais et 1 133 patients, ne trouvent pas de différence significative sur la douleur (différence moyenne standardisée, ou SMD, de −0,15 ; IC à 95 % −0,71 à 0,41) ni sur la fonction (SMD 0,05 ; IC à 95 % −0,39 à 0,49). La réserve formulée par la Cochrane de 2002 allait déjà dans ce sens. L’hétérogénéité entre essais est très élevée (I² de 92 % pour la douleur et de 90 % pour la fonction) : ce résultat ne démontre donc pas que les deux stratégies sont équivalentes.
Les orthèses sont des soutiens externes, comme une chevillière. Le tableau ci-dessous résume une recommandation de pratique clinique et trois revues :
| Étude | Ce qu’elle mesure | Résultat | Ce qu’elle ne permet pas d’affirmer |
|---|---|---|---|
| Martin et al. (2021), recommandation de pratique clinique JOSPT | traitement et prévention de l’entorse externe de cheville | dans l’entorse aiguë, soutien externe par orthèse ou strapping et mise en charge progressive ; sa synthèse fait état de preuves solides pour l’orthèse, le strapping et les exercices d’équilibre dans la prévention des récidives | que le soutien externe seul améliore l’équilibre dans l’instabilité chronique |
| Dizon et Reyes (2010), revue de sept essais | prévention par soutien externe chez des sportifs ayant un antécédent d’entorse | OR 0,31 (IC à 95 % 0,18 à 0,51) avec orthèse et OR 0,29 (IC à 95 % 0,14 à 0,57) avec strapping | la supériorité d’un type de soutien sur l’autre ; résultats non extrapolables aux personnes sans antécédent d’entorse |
| Raymond et al. (2012), revue et méta-analyse | proprioception dans l’instabilité fonctionnelle de cheville | différence moyenne de 0,08° (IC à 95 % −0,39 à 0,55) | que le strapping ou l’orthèse améliore l’acuité proprioceptive |
| Mejías-Gil et al. (2016), revue espagnole de 15 études | douleur dans le syndrome douloureux fémoro-patellaire | bénéfices sur la douleur après strapping | un effet généralisable à la cheville ou au strapping en général |
Quand ne faut-il pas poser de strapping ?
Le strapping est contre-indiqué lorsque la lésion, la peau ou la circulation ne tolèrent pas une contrainte mécanique. La liste complète provient de 1aria ; l’évaluation du kinésithérapeute écarte chaque situation avant la pose.
Selon 1aria, les contre-indications sont les suivantes :
- Fractures osseuses.
- Œdème important dans la zone lésée.
- Ruptures importantes tendineuses, ligamentaires et musculaires.
- Affections cutanées, comme les plaies, les troubles trophiques ou la dermatite.
- Troubles vasculaires artériels ou insuffisance veineuse.
- Hypoesthésie cutanée.
- Allergie au matériau adhésif.
Dans l’entorse externe grave de cheville, la contre-indication liée aux ruptures importantes n’exclut pas le strapping pendant toute l’évolution. La recommandation JOSPT de 2021 préconise un soutien externe avec mise en charge progressive et indique que, dans les lésions les plus graves, une immobilisation peut être indiquée.
Au niveau du produit, la fiche de Strappal déclare une formule sans latex contenant de la colophane, et celle de Leukotape Classic déclare du latex de caoutchouc naturel ainsi que de la colophane. Vérifiez la fiche de chaque référence. Cet article n’est pas un guide d’autotraitement.
Combien de temps garde-t-on un strapping ?
Les sources disponibles ne donnent pas de durée unique. 1aria recommande un premier contrôle à 48 heures et un renouvellement tous les 4 à 5 jours après vérification clinique, chaque pose ne devant pas dépasser cinq jours. Essity décrit Strappal comme destiné à un usage de courte durée et Leukotape Classic comme de courte durée, jusqu’à plusieurs jours ; aucune des deux fiches ne fixe de nombre de jours. 1aria demande que le patient surveille les signes d’alerte d’une atteinte vasculaire jusqu’au contrôle. S’ils apparaissent, le strapping est retiré et le patient réévalué avant de poursuivre.
Que dit le Code de la santé publique sur le strapping en kinésithérapie ?
Parmi les actes que le masseur-kinésithérapeute est habilité à réaliser pour la mise en œuvre des traitements de rééducation mentionnés à l’article R. 4321-5, le Code de la santé publique cite expressément la « réalisation et application de contentions souples, adhésives ou non » (article R. 4321-7). Le texte n’emploie pas le mot « strapping » : rattacher le strapping à ces contentions adhésives est notre lecture.
Quel matériel choisir selon l’objectif clinique ?
Le matériel se choisit selon l’objectif clinique : pour limiter un secteur de mouvement, une bande rigide ; pour protéger la peau, une sous-bande ; pour comprimer ou maintenir sans immobiliser, une bande cohésive ; pour accompagner le mouvement, une bande de kinésiologie.
| Objectif clinique | Matériel |
|---|---|
| Limiter un secteur de mouvement | Bande rigide, sporttape de 3,8 cm ; Strappal comme référence classique |
| Protéger la peau sous la bande | Sous-bande |
| Comprimer ou maintenir sans immobiliser | Bande cohésive |
| Accompagner le mouvement sans le limiter | Bande de kinésiologie |
La bande élastique adhésive est une catégorie mixte, élastique et adhésive à la peau, qui ne figure pas dans ce tableau d’orientation. Notre comparatif sous-bande, bande cohésive et strapping rigide détaille chaque matériau.
- Bande rigide : Bande fonctionnelle sporttape 3,8 cm x 10 m et Bande fonctionnelle sporttape 3,8 cm x 10 m (32 rouleaux).
- Protection de la peau : Pretape beige 7 cm x 27 m et Pretape beige 7cm x 27m (48 rouleaux).
- Lot combiné : Pack sporttape fonctionnel 3,8 cm x 10 m (32 rouleaux) + Pretape (48 rouleaux).
- Référence classique : Strappal Tape 4cm x 10m et Strappal Tape 4cm x 10m (24 rouleaux).
- Tout le reste se trouve dans notre collection de strapping et de bandes.
Conclusion
Le strapping limite le mouvement à risque tout en préservant le reste de l’amplitude articulaire. Les données soutiennent le traitement fonctionnel au sein d’un programme qui inclut l’exercice, pas en remplacement de celui-ci. Le matériel se choisit selon l’objectif clinique, et chaque référence impose de vérifier sa fiche. L’évaluation du kinésithérapeute détermine d’abord si la lésion se prête à cette restriction sélective.
Questions fréquentes sur le strapping
Strapping, contention adhésive et Sporttape : est-ce la même chose ?
Le strapping est le nom courant de la technique en France. Le Code de la santé publique parle de « contentions souples, adhésives ou non » ; nous rattachons le strapping à cette catégorie. Sporttape est le nom commercial de la bande rigide que nous vendons pour cette technique. Usage courant, formulation réglementaire et produit se distinguent.
Un strapping peut-il remplacer une orthèse pour prévenir les récidives ?
Pas automatiquement. Après une première entorse, la recommandation JOSPT de 2021 (Martin et al.) préconise une orthèse prophylactique associée à des exercices d’équilibre et de proprioception. Sa synthèse reconnaît aussi des preuves solides pour le strapping et attribue à l’orthèse un meilleur rapport coût-efficacité. Dizon et Reyes (2010) n’ont trouvé aucun soutien supérieur à l’autre chez les sportifs ayant un antécédent d’entorse.
Peut-on poser un strapping sur une entorse de grade III ?
Il peut faire partie de la prise en charge, mais le moment dépend de la gravité. La recommandation JOSPT de 2021 (Martin et al.) préconise une orthèse ou un strapping, en augmentant progressivement l’appui. Dans les entorses externes les plus graves, une immobilisation de 10 jours au maximum peut être indiquée. Le soutien et son calendrier se choisissent selon la gravité, la phase de cicatrisation, la douleur et la protection nécessaire. Selon Vuurberg et al. (2018), la gravité de l’atteinte ligamentaire s’évalue de façon plus fiable lors d’un examen clinique différé de 4 à 5 jours après le traumatisme.
Sources
Voici les références et les fiches du fabricant sur lesquelles nous nous sommes appuyés pour rédiger ce guide :
- Kerkhoffs GM, Rowe BH, Assendelft WJ, Kelly K, Struijs PA, van Dijk CN (2002). Immobilisation and functional treatment for acute lateral ankle ligament injuries in adults. The Cochrane Database of Systematic Reviews. DOI 10.1002/14651858.cd003762. La revue figure comme WITHDRAWN dans l’édition 2013, PMID 23543522.
- Vilchez-Cavazos F, Quiroga-Garza A, Acosta-Olivo CA, Rodríguez-Corpus LA, Espinosa-Uribe AG, Peña-Martínez VM, Simental-Mendía M (2025). Functional treatment versus immobilization for the management of acute ankle sprains: a systematic review and meta-analysis. Journal of Bodywork and Movement Therapies, 44:48-55. DOI 10.1016/j.jbmt.2025.05.035.
- Vuurberg G, Hoorntje A, Wink LM, et al. (2018). Diagnosis, treatment and prevention of ankle sprains: update of an evidence-based clinical guideline. British Journal of Sports Medicine, 52(15):956. DOI 10.1136/bjsports-2017-098106.
- Martin RL, Davenport TE, Fraser JJ, Sawdon-Bea J, Carcia CR, Carroll LA, Kivlan BR, Carreira D (2021). Ankle Stability and Movement Coordination Impairments: Lateral Ankle Ligament Sprains Revision 2021. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 51(4):CPG1-CPG80. DOI 10.2519/jospt.2021.0302.
- Koc TA Jr, Bise CG, Neville C, Carreira D, Martin RL, McDonough CM (2023). Heel Pain – Plantar Fasciitis: Revision 2023. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 53(12):CPG1-CPG39. DOI 10.2519/jospt.2023.0303.
- Dizon JM, Reyes JJ (2010). A systematic review on the effectiveness of external ankle supports in the prevention of inversion ankle sprains among elite and recreational players. Journal of Science and Medicine in Sport, 13(3):309-317. DOI 10.1016/j.jsams.2009.05.002.
- Raymond J, Nicholson LL, Hiller CE, Refshauge KM (2012). The effect of ankle taping or bracing on proprioception in functional ankle instability: a systematic review and meta-analysis. Journal of Science and Medicine in Sport, 15(5):386-392. DOI 10.1016/j.jsams.2012.03.008.
- van Rijn RM, van Os AG, Bernsen RM, Luijsterburg PA, Koes BW, Bierma-Zeinstra SM (2008). What is the clinical course of acute ankle sprains? A systematic literature review. The American Journal of Medicine, 121(4):324-331.e6. DOI 10.1016/j.amjmed.2007.11.018.
- Mo Q, Deng Z, Zheng J, Wu T, Hu F, Xu S, Zou J, Zheng X (2026). Effectiveness and clinical relevance of kinesio taping in musculoskeletal disorders: an overview of systematic reviews and evidence mapping. BMJ Evidence-Based Medicine. DOI 10.1136/bmjebm-2025-114067.
- Mejías-Gil E, Rodríguez-Mansilla J, Sosa-Hurtado M, Espejo-Antúnez L (2016). Revisión sistemática sobre los efectos del vendaje funcional en el síndrome de dolor femoropatelar. Fisioterapia, 38(1):45-54. DOI 10.1016/j.ft.2015.03.004.
- Talleres 1aria. Vendajes funcionales (mis à jour en mai 2022, en espagnol). Support de formation en soins primaires ; source de la définition, de la classification en trois types, des contre-indications et des intervalles de révision et de renouvellement.
- Ruscoe G. Strapping Tape. history.physio. Source secondaire pour la description de Gibney (1893).
- Code de la santé publique, articles R. 4321-5 et R. 4321-7, version en vigueur. Légifrance, article R. 4321-7.
- Essity. Fiches techniques en allemand de Strappal et de Leukotape Classic. Source des allergènes déclarés et de la durée d’utilisation courte.